Le Blog des habitants de St Marcel lès Valence
et des territoires environnants

IL Y A 70 ANS, SAINT-MARCEL VIVAIT UNE QUINZAINE TRAGIQUE..... RÉCIT D'UN TEMOIN

Sous le titre "La quinzaine tragique", le curé de Saint-Marcel a publié, en décembre 1944 dans le mensuel "Le messager de Saint-Marcel-lès-Valence", son témoignage. Peu connu des plus jeunes, ce texte, nourri de faits précis, apporte un éclairage vivant sur ce que vécurent les habitants de notre commune. Nous reproduisons ce texte.
LA QUINZAINE TRAGIQUE
Sous ce titre, mes chers paroissiens, votre Curé se propose de relater les événements qui ont affligé Saint-Marcel au cours de la dernière quinzaine d’août. Ou plus exactement se bornant à raconter ce qu'il a vu ou entendu lui-même à peu de choses près, il n'a pas la prétention d'offrir à ses lecteurs le film complet de cette quinzaine inoubliable: chacun pourrait ajouter des détails, des impressions et des réflexions personnelles qui mériteraient tout aussi bien d'être imprimées. Vous voudrez bien me pardonner cette inévitable partialité, ainsi que la liberté que je prendrai de citer les noms des personnes les plus éprouvées ou les plus dévouées, pour donner plus de vie au récit, espérant que tous mes lecteurs seront assez sensés pour n'en point prendre ombrage.
Mardi 15 Août. - Premières grandes frayeurs: les avions américains viennent bombarder Valence. Violemment pris à partie par la D.C.A. allemande, plusieurs appareils s'abattent dans toute notre région. L'un d'eux, gravement touché, exécute au dessus de Saint-Marcel d'inquiétantes manœuvres de redressement qui donnent à tous l'impression qu'il va choir sur leurs toits. Finalement, après s'être délesté de ses énormes bombes, de ses mitrailleuses et aussi de ses occupants, il va s'écraser et prendre feu dans une vigne au quartier du Ras. Ses cendres ( si l'on peut dire) furent honorées d'un grand nombre de visites.
Jeudi 17 Août. - Vers 2 heures du matin,la gent canine aboie furieusement et obstinément dans le quartier de la gare. "Qu'y-a-t-il donc? Sont-ce les Allemands qui rôdent autour des maisons?" A 3h30, une fusillade nourrie éclate près de la voie ferrée; une demi-heure durant, les fusils mitrailleurs crépitent, quelques grenades explosent, le tout amplifié par l'écran des collines avoisinantes... Le bruit serait-il vrai qui circulait la veille sur un coup de main du ;maquis contre le train de munitions stationnant sur nos voies de garage? "Arrêtez!" crie une voix dans l'ombre: le tintamarre prend fin: il est 4 heures. Des mots français sont chuchotés près de la cure. Il n'y a pas de doute, c'est bien le maquis! Quelques coups de feu isolés...puis des pas rapides qui s'éloignent au delà de l'église. "S'il y a des  victimes parmi les Allemands, quelles vont être les représailles?" Lorsque le village s'éveille, la nouvelle fait une traînée de poudre: hommes et jeunes gens s'enfuient, à quelques exceptions près. Le poste de garde allemand compte deux morts et un blessé: les survivant fouillent les abords de la gare, relevant les traces des "terroristes", ici des douilles, là une paire de souliers, ailleurs deux litres d'essence (que serait-il advenu de notre bourg si ces 15 ou 16 wagons avaient explosé?).

Vers 7h30, l’ambulance  allemande arrive dans la cour de la gare, puis ce sont plusieurs camions pleins de soldats pesamment armés. Tandis qu'ils sautent à terre, leur chef inspecte de ses jumelles la colline et ses carrières. Rapidement la troupe se scinde en deux: les uns, disposés en tirailleurs, traversent la voie et s'élancent pour battre les coteaux avec une furie quelque peu ridicule pour qui sait les "terroristes" partis vers la plaine il y a trois heures. Un autre groupe, à la file indienne, le fusil pointé en avant, sous le bras, sillonnent nos rues, perquisitionnent dans nos demeures, forçant quelques portes et fenêtres closes. Interpellé dans la rie, M. le Curé doit accompagner un soldat dans la visite de l'église: à l'entrée notre homme ôte son casque, devant l'autel il fait la génuflexion. Confessionnaux, tambour, sacristies, placards... tout est inspecté. Grimper aux échelles du clocher fut plus laborieux pour notre visiteur, tenant un fusil d'une main, et un revolver de l'autre.
Mais voici dehors une rencontre qui nous serre le cœur: de Surel descend un groupe de paroissiens, le visage pâle, le regard comme éteint par la détresse; derrière eux marchent quelques soldats allemands. "- Des otages! Mon Dieu, que va-t-il se passer?" Nous reconnaissons  MM. Ladreyt et son jeune fils, Jamonet, Ciampi, Faisant Victor, Rougier, Charrière Roland et notre instituteur M. Blanc qui, en passant devant nous, hoche la tête comme pour nous dire "Nous sommes perdus". Par le quai ils gagnent la cour de la gare où ils rejoignent MM. Agostini, Paget, Clarié, Allier, Madet, Junique et notre Maire, M. Chovet. Aucun otage n'a été pris dans le village.
Quelques instants après, nous pénétrons dans le bureau du chef de gare, M. Chaloin, arrête lui aussi et gardé à vue par un soldat... Du quai on aperçoit là-bas, entre les deux rames parallèles des wagons de munitions, les otages alignés face à la gare: devant eux, les fusils teutons.

A suivre....
IL Y A 70 ANS, SAINT-MARCEL VIVAIT UNE QUINZAINE TRAGIQUE..... RÉCIT D'UN TEMOIN IL Y A 70 ANS, SAINT-MARCEL VIVAIT UNE QUINZAINE TRAGIQUE..... RÉCIT D'UN TEMOIN Reviewed by Coubert on mardi, août 19, 2014 Rating: 5

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