Le Blog des habitants de St Marcel lès Valence
et des territoires environnants

IL Y A 70 ANS, SAINT-MARCEL VIVAIT UNE QUINZAINE TRAGIQUE...(2)

Jeudi 17 Août (suite) Persuadé qu'une exécution est imminente, nous avançons vers la soldatesque. "Qu'est-ce qu'il vient faire ici celui-là? Fusillons-le comme les autres." crie une de ces brutes décharnées? Nous adressant à un sous-off, nous lui demandons poliment, la barrette à la main, l'autorisation d'approcher des otages, nos paroissiens, et de leur dire un mot de réconfort comme il est de notre devoir. Le teuton entre en fureur et, les yeux hors des orbites, il vocifère: "Parlez Allemagne! Parlez Allemagne!" Puis c'est une cacophonie de cris gutturaux dont M. Clarté me traduit les plus intéressants: "Ils vous disent de vous taire...Levez les mains". Après avoir été fouillé, nous voici nous-même sur la ligne des otages. "M. le Curé, croyez-vous qu'ils vont nous fusiller de suite?" nous demande l'un d'eux. Pas très réconfortante cette question! L’œil noir des fusils vous produit une impression indicible... Mais voici qu'un soldat s'avance vers la soutane: " Fous, partir"... Puis  7 otages sont détachés du groupe et conduits par un peloton de l'autre côté de la voie. " Serait-ce pour eux l'heure fatale?" Ils disparaissent sur le chemin de Bourg-lès-Valence: Dieu merci, on n'entend pas de fusillade. Peu après les camions emmènent les autres otages par la route de Valence.Les Allemands quittent le village, nous sans avoir incendié l'habitation de Mme Passas.
Longues heures que celles qui suivirent, heures d'anxiété pour nous, journée atroce pour les familles qui s'étaient vu arracher de force, parfois avec brutalité, un père, un époux, un fils.... Aussi quel soupir de soulagement, quelle détente lorsque l'après-midi on voit revenir par petits groupes nos chers otages. Hélas!
la joie n'est pas complète: le soir, à 8 h., M. Chaloin est emmené à son tour (il restera trois jours dans les mains de la Gestapo) et M. Blanc, lui,  ne revient pas. DE Valence, il part quelques jours après vers... l'inconnu. A cette heure encore nous voulons espérer qu'il reviendra sain et sauf parmi nous, ramenant la consolation et la joie dans le coeur des siens à qui nous disons ici notre douloureuse sympathie et reprenant, après la dure expérience de l'exil, sa tâche d'éducateur au milieu de ses élèves et de ses amis du Groupe Artistique.
Mardi 22 Août. - Vers 8 heures arrivent à St-Marcel, par la route de Fauconnières, une demi-douzaine de F.F.I. bien décidés à se battre. Armés notamment d'un fusil mitrailleur, ils vont se poster à la sortie du village (côté Valence). Ils ne tardent pas à ouvrir le feu sur une auto et un camion allemands qui stoppent et dont les occupants s'enfuient. Les F.F.I. prennent possession des véhicules et les emmènent.
L'artillerie ennemie riposte vers 13 heures. Notre église reçoit son premier obus sous la toiture du chœur. Nos écoles sont plus durement atteintes par une huitaine de projectiles qui détruisent la toiture de l'aile droite, et dévastent le logement des institutrices. La population avait quitté le village ou gagné les caves-abris. Vers 16 heures, la canonnade recommence mais le tir est plus long et passe outre. La nuit tombée, le maquis se retire sur ses positions de départ. L'un de ces jeunes nous avouait: "J'ai l'impression que nous sommes descendus trop tôt, nous ne sommes pas assez forts."
Mercredi 23 Août: -Vers 8 heures, quelques centaines de F.T.P. sur camions, venant de Romans occupé la veille par le maquis, traversent St-Marcel: pleins d'entrain et de confiance, ils s'avancent à vive allure dans la direction de Valence où, trompés par je ne sais qui, ils comptent rencontrer les Alliés et recevoir d'eux les armes qui leur manquent. Vingt minutes après leur passage, nous les voyons refluer précipitamment par petits groupes, les uns à travers champs, les autres sur les talus de la grand'route, s'abritant derrière les platanes. Que s'est-il donc passé? L'un d'eux nous explique qu'à 2 kilomètres d'ici ils furent accueillis par le tir d'un groupe de soldats qu'ils avaient tout d'abord pris pour des Américains.Surpris sans armes ou presque par un ennemi aux aguets, que pouvaient-ils faire sinon se retirer en hâte? Jetés dans une aventure sanglante par un enthousiasme collectif qu'alimentait une fausse nouvelle ( les américains à Valence!), ces jeunes nous disent au retour leur indignation et leur dégoût d'avoir été exposés sans défense à une mort stupide. Quatre des leurs étaient tombés devant la ligne de feu. La plupart, semble-t-il, regagnèrent Romans.
Mais soudain les canons allemands ouvrent le feu contre notre village: en un clin d’œil les rues se vident et les caves se remplissent. Ce sont encore des heures d'angoisse. L'église est le point de mire: 7 projectiles, de petit calibre heureusement, l'atteignent, dont deux pénètrent à l'intérieur ù ils font plus de poussière et de gravats que de casse. Par bonheur, la toiture et la voûte sont épargnées. Six ou sept maisons sont assez sérieusement touchées.
Une fois le bombardement terminé, voici que des tanks et des camions de fantassins envahissent le village et ses abords immédiats, et avec eux la terreur. Les portes et les fenètres closes sont enfoncées à coups de mitraille, les portails cèdent sous la brutale poussée des tanks, les habitations sont pillées, saccagées on ne peut plus sauvagement. Les habitants qui se montrent ou qui sont découverts sont expulsés et alignés sur le trottoir avec la terrible impression qu'ils vont être fusillés. M. H. Coulet;, notre tonnelier, est mortellement blessé dans son couloir par des balles tirées à travers la porte qu'il venait ouvrir; le Dr Trabaud, aidé par M. Chevanes, l'emmène au plus vite à Valence où les soins furent impuissants à le sauver.

A suivre....
IL Y A 70 ANS, SAINT-MARCEL VIVAIT UNE QUINZAINE TRAGIQUE...(2) IL Y A 70 ANS, SAINT-MARCEL VIVAIT UNE QUINZAINE TRAGIQUE...(2) Reviewed by Coubert on mercredi, août 20, 2014 Rating: 5

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